COMMENT COMMUNIQUER EFFICACEMENT – AU TRAVAIL COMME A LA MAISON !

L’identification des déterminants de la communication efficace fait partie des progrès les plus importants de la recherche en neurosciences au cours des dernières années.

Nous avons déjà indiqué dans deux précédents billets les raisons pour lesquelles nos manières habituelles de communiquer sont si peu performantes lorsqu’il s’agit d’aborder des sujets importants. La tension psychologique nous fait perdre le sens de tous les marqueurs principaux de la communication, bien plus importants dans l’échange que les mots employés ! Et nous compensons cette absence en parlant trop, trop vite, d’une manière qui ne peut que perturber ou inquiéter notre interlocuteur.

Il est donc courant que la conversation soit ratée avant même que les premiers mots soient échangés – chacun subissant une montée inconsciente de tension et de défensivité- et qu’elle continue à déraper à partir de là dans un dialogue de sourds.

Heureusement, il y a un chemin pour éviter ce processus habituel : les observateurs avertis y repéreront une forme de dialogue « en pleine conscience ». Il s’agit à l’inverse de cultiver une attitude intérieure sereine et bienveillante, d’être pleinement attentif et présent dans toutes les dimensions de l’échange. Et de parler lentement, chaleureusement et avec concision, en privilégiant de nombreux tours de parole brefs.

Nous donnons ici la marche à suivre complète, basée sur vingt-cinq années de recherches conduites à l’Université de Pennsylvanie, à la Jefferson University de Philadelphie ainsi qu’à l’Université Loyola-Marymount à Los Angeles. Cette technique est décrite en détail dans le livre Words Can Change Your Brain de Newberg et Waldman (paru en français sous le titre : La clé de la communication, découvrez la puissance de l’empathie – éditions de l’Homme, 2013).

Elle peut être aisément pratiquée et partagée en suivant les principes suivants, dont il a été démontré qu’ils amplifient rapidement l’empathie et neutralisent les risques de conflit. Les six premières étapes sont pratiquées avant de s’engager dans une conversation importante. Les six étapes suivantes sont pratiquées au cours de l’échange :

1.   Se détendre profondément

2.   Rester présent

3.   Cultiver le silence intérieur

4.   Choisir la positivité

5.   Contempler ses valeurs fondamentales

6.   S’immerger dans un souvenir agréable ou penser à une personne aimée

7.   Observer attentivement le langage non-verbal de son interlocuteur

8.   Exprimer de l’appréciation

9.   Parler lentement

10. Parler chaleureusement

11. Parler brièvement

12. Ecouter profondément

 

Stratégies préparatoires:

1. Détendez-vous consciemment (bâillez, étirez-vous et respirez profondément pendant au moins une minute).

2. Focalisez intentionnellement votre attention sur le moment présent, vos sensations corporelles, vos sentiments, émotions, sensations et pensées.

3. Prenez encore quelques instants pour libérer votre esprit de toute distraction, pensée ou émotion.

4. Envisagez la possibilité d’une discussion et d’un résultat positifs. Suspendez les pensées négatives, les inquiétudes ou le doute.

5. Posez-vous ces trois questions : « Quelle est la valeur personnelle fondamentale la plus importante pour moi ici et maintenant ? » « Quelle est la valeur fondamentale relationnelle la plus importante pour moi ? » « Quelle est la valeur fondamentale la plus importante pour moi en lien avec cette conversation ? » Si c’est possible, partagez ensuite ces valeurs avec votre interlocuteur pendant l’échange.

6. Pensez à une personne que vous aimez profondément ou à une expérience qui vous a procuré un profond sentiment de plaisir ou de satisfaction. Observez comment cette évocation fait venir un demi-sourire sur vos lèvres et adoucit les muscles de votre front et autour de vos yeux. Maintenez cette expression tout au long de la conversation, en particulier si vous commencez à ressentir de la frustration, de l’anxiété ou de l’irritation.

Durant la conversation :

7. Entrez lentement dans la pièce et accordez toute votre attention aux signaux non-verbaux de votre interlocuteur : expressions du visage, gestes, postures, ton de la voix.

8. Ouvrez la discussion sur une note positive, avec un compliment ou une appréciation (obligatoirement sincère !)

9. Parlez lentement, à un rythme d’à peu-près 2/3 de votre débit habituel. Le débit normal est d’environ 150 mots par minute.

10. Parlez chaleureusement. La recherche montre que dans un contexte médical, l’efficacité des traitement double si les soignants utilisent des paroles chaleureuses.

11. Parlez brièvement, par séquences de 20 secondes au plus, puis laissez la parole à votre interlocuteur, détendez-vous et installez-vous pleinement dans le moment présent, en écoutant attentivement.

12. Observez soigneusement les expressions faciales, le ton de sa voix, ainsi que le langage gestuel de votre interlocuteur. Ecoutez sans défensivité, sans porter de jugement et sans interrompre. Evitez toute expression verbale ou non-verbale négative, en particulier si vous vous sentez provoqué(e) par certains propos.

Vous observerez le déploiement d’un mode de conversation très différent de ce dont nous avons l’habitude, beaucoup plus ouvert, intéressante, sensible et souvent avec une qualité d’intimité étonnante.

La brièveté et donc la fréquence des tours de parole permet de rassurer chaque interlocuteur quant au fait qu’il aura de nombreuses occasions de dire ce qui lui tient à cœur et d’éviter toute précipitation. Et permet au binôme de coller à ce qui est dit en pouvant approfondir à loisir tout élément saillant.

Si vous pratiquez ce processus avec seulement trois personnes différentes (bien intentionnées) cela établira en vous des repères de conscience qui changeront de manière irréversible votre manière de communiquer !