Par définition, la « pleine présence »[1] (Mindfulness) est un état de conscience dans lequel vous restez ancré dans le moment présent, permettant aux pensées, aux sensations et aux sentiments de traverser votre champ de conscience sans les juger ni vous laisser embarquer par eux. « L’attention focalisée » implique de rester concentré sur une pensée ou une sensation en particulier (comme la respiration), et de nous y ramener à chaque fois que nous nous sommes laissés distraire, alors que l’attention ouverte implique de rester dans une observation bienveillante de la globalité de notre champ de conscience (comme un espace vide) et de tout ce qui s’y présente.

Chacune de ces deux formes de méditation offre des bénéfices neurologiques et cognitifs spécifiques. La première permet naturellement de développer la capacité de concentration, la performance mémorielle, et de juguler le vagabondage mental incessant (associé aux troubles de l’attention). La seconde amplifie la souplesse cognitive, la réflexivité et la méta-conscience (la conscience d’être conscient), amplifiant dans la durée stabilité et lucidité.

Il est important lors des formations que les étudiants et clients comprennent clairement la différence entre ces deux modalités. Lorsqu’on les combine adéquatement, elles aident à développer et à intégrer aussi bien les états d’attention vigilante que de relaxation. Vous pouvez ainsi développer une compétence à laisser votre esprit partir dans des chemins de traverse (défocalisation) favorables à la créativité, au ressourcement et à l’innovation tout en contrant la propension à la dispersion mentale qui interfère avec la focalisation nécessaire pour mener à bien vos projets et poursuivre vos objectifs.

Jean-Dominique Michel & Mark Robert Waldman

Quelques références :

Mindfulness Enhances Episodic Memory Performance: Evidence from a Multimethod Investigation. Brown KW, Goodman RJ, Ryan RM, Anālayo B. PLoS One. 2016 Apr 26;11(4):e0153309.

Mindfulness training improves working memory capacity and GRE performance while reducing mind wandering. Mrazek MD, Franklin MS, Phillips DT, Baird B, Schooler JW. Psychol Sci. 2013 May;24(5):776-81

The protective effects of brief mindfulness meditation training. Banks JB, Welhaf MS, Srour A. Conscious Cogn. 2015 May;33:277-85.

Cognitive effects of MBSR/MBCT: A systematic review of neuropsychological outcomes. Lao SA, Kissane D, Meadows G. Conscious Cogn. 2016 Oct;45:109-123.

A Neurophysiological and Neuropsychological Consideration of Mindful Movement: Clinical and Research Implications. Russell TA, Arcuri SM. Front Hum Neurosci. 2015 May 26;9:282.

 

[1] Avec d’autres auteurs (comme Fabrice Midal), nous préférons cette traduction.


Définir un plan –spécifier clairement une tâche ou un objectif particulier, quand, où et comment vous allez le réaliser- stimule les centres de prise de décision du cerveau et augmente la probabilité de parvenir à vos fins[1]. Selon Todd Rogers de la Harvard Business School, rédiger votre plan -en y incluant les stratégies pour surmonter les obstacles éventuels- renforcera votre détermination, et réduira la tendance à vous laisser distraire ou à remettre à plus tard[2] : les plans écrits débouchent deux fois plus souvent sur les résultats attendus que les plans non-écrits.

Prévoir des options alternatives augmentera pareillement vos chances de succès, en particulier dans les situations où des influences hors de votre contrôle risquent de faire blocage. Si des difficultés de cet ordre apparaissent, faites usage de la stratégie « si…/alors… » qui a démontré son utilité pour atteindre des objectifs difficiles[3]. Visualiser des scénarios « si…/alors… » apaise les centres émotionnels du cerveau en réduisant les sentiments d’anxiété, d’incertitude et de peur[4].

Nous aimons tous contempler la douce rêverie de parvenir à nos fins aisément. Si toutefois cette appétence naturelle n’est pas doublée par une plannification de contournement de possibles obstacles, nous réduisons singulièrement nos chances de succès en nous infligeant un handicap stratégique et neurologique.

Jean-Dominique Michel & Mark Robert Waldman

 

[1] Hierarchically organized behavior and its neural foundations: a reinforcement learning perspective. Botvinick MM, Niv Y, Barto AC. Cognition. 2009 Dec;113(3):262-80.

[2] Do you have a voting plan?: implementation intentions, voter turnout, and organic plan making. Nickerson DW, Rogers T. Psychol Sci. 2010 Feb;21(2):194-9.

Harnessing Our Inner Angels and Demons: What We Have Learned About Want/Should Conflicts and How That Knowledge Can Help Us Reduce Short-Sighted Decision Making. Milkman KL, Rogers T, Bazerman MH. Perspect Psychol Sci. 2008 Jul;3(4):324-38.

[3] From Fantasy to Action: Mental Contrasting with Implementation Intentions (MCII) Improves Academic Performance in Children. Duckworth AL, Kirby T, Gollwitzer A, Oettingen G. Soc Psychol Personal Sci. 2013 Nov 1;4(6):745-753.

[4] Promoting the translation of intentions into action by implementation intentions: behavioral effects and physiological correlates. Wieber F, Thürmer JL, Gollwitzer PM. Front Hum Neurosci. 2015 Jul 14;9:395.

The neural correlates of emotion regulation by implementation intentions. Hallam GP, Webb TL, Sheeran P, Miles E, Wilkinson ID, Hunter MD, Barker AT, Woodruff PW, Totterdell P, Lindquist KA, Farrow TF. PLoS One. 2015 Mar 23;10(3):e0119500.

Un consensus existe à l’heure actuelle entre neuroscientifiques : tous les mammifères sont dotés de conscience. Nous développons une attention à notre environnement, nous prenons des décisions qui ne sont pas déterminées par nos instincts, nous nous souvenons de nos erreurs et apprenons d’elles, et nous développons des comportements et des habitudes qui nous dotent d’une personnalité singulière. Même la petite souris met à profit les ressources créatives de son lobe frontal pour améliorer la qualité de sa vie. Et ressent la gamme d’affects fondamentaux qui sont les nôtres (recherche, peur, prendre soin, rage, chagrin, attirance sexuelle, jouerie).

Avec chaque étape de l’évolution des espèces, la capacité de conscience augmente et les énormes lobes frontaux de l’espèce humaine nous dotent de la capacité de créer d’étonnants systèmes de croyance… sur à peu-près tout ! Nous créons des idéologies sophistiquées, des notions extraordinairement complexes au sujet de l’amour ou de Dieu, et inventons toutes sortes de technologies dont nous ne savons pas toujours quoi faire.

Mais il y a un hic : nous faisons tout cela la plupart du temps avec la conscience limitée d’un enfant de 12 ans ! Heureusement, le cerveau humain dispose d’une capacité supplémentaire : nous pouvons contempler le fonctionnement de notre propre esprit.

Lorsque nous pratiquons la conscience réflexive, une transformation neurale se produit : nous renforçons les connections entre différentes parties de notre cerveau. Nous commençons à saisir les motifs et les effets de nos comportements et combien nous sommes régis par de vieilles habitudes et de vieux modes de pensée. Nous découvrons qu’il y a une différence fondamentale entre la conscience ordinaire et la pleine conscience, une capacité qui est gouvernée par un réseau cérébral spécifique.

Si nous pratiquons la conscience réflexive pendant quelques minutes chaque jour, nous stimulerons quelques-unes des structures évolutionnaires les plus récentes du cerveau (en particulier l’insula et le cortex cingulaire antérieur) qui nous conduisent à devenir plus conscients socialement et à nous connecter aux autres. Nous pouvons même réduire la taille de l’amygdale, cette structure impliquée dans la réactivité émotionnelle, et ressentir moins de peur et de colère. Nous pouvons altérer notre thalamus et changer notre perception de la réalité, et même connaître une amplification des capacités de notre lobe frontal, en particulier de nos compétences intuitives, créatives et décisionnelles.

Il suffit de réserver 10 à 20 minutes chaque jour (ou même une minute chaque heure tout au long de la journée !) pour simplement observer avec une neutralité bienveillante les pensées et sentiments qui traversent continuellement notre champ de conscience. En restant complètement détendu, vous ouvrez la porte à l’émergence de prises de conscience étonnantes, qui peuvent même parfois vous conduire à réinventer votre vie ! C’est là la différence entre être à peine conscient et être pleinement conscient.

Au cours de la décennie écoulée, des programmes de formation à la pleine conscience se sont répandus dans les entreprises, les hôpitaux, les universités, les prisons mais aussi auprès de forces de l’ordre et des équipes de secours dans de nombreux pays. Un groupe interparti propose depuis 2015 des ateliers aux parlementaires britanniques, auxquels 115 députés et 80 assistants ont déjà participé.

Entre la pleine conscience, l’apprentissage de modes de communication coopérative et de processus décisionnels mettant à profit l’intelligence collective, les parlements du monde entier peuvent sans doute aspirer à trouver une manière plus éclairée de conduire leurs travaux… tout comme chacun d’entre nous !

Jean-Dominique Michel, StandOut-Consulting & Mark Robert Waldman, Faculty, Executive MBA, Loyola-Marymount University

Tous les mots ne sont pas égaux ! Certains d’entre eux comme les mots « paix » et « amour » peuvent littéralement activer des centaines de gènes réduisant le stress émotionnel et physique, alors que d’autres entraînent la libération immédiate de stresseurs biochimiques dans le cerveau et à travers votre corps (1).

Mais il y a forcément quelques mots, qui vous sont propres, qui ont le pouvoir de vous apporter du sens, de la satisfaction et même un sentiment de plénitude. Si vous les trouvez et passez quelques minutes chaque jour à les contempler, ils peuvent carrément transformer votre manière de travailler et améliorer vos relations.

En fait, personne ne peut vous dire quels sont ces mots. Vous avez à les découvrir par vous-mêmes. Mais ne commencez pas à y réfléchir tout de suite, parce que si vous ne vous trouvez pas au préalable dans un état de détente profonde, vous ne trouverez que des mots qui sont le reflet de vos vieilles pensées. Et ces mots n’auront pas le même pouvoir de générer une expérience éclairante. La pensée rationnelle est inefficace à générer de la nouveauté, à élargir nos perspectives. Ces compétences relèvent en fait d’autres réseaux neuronaux impliqués dans la pensée créative et intuitive.

Dans nos recherches, nous sommes tombés sur une question qui mettra en lumière ce mot si particulier. Nous avons aussi découvert que c’est une question qui est rarement posée. En fait, la première fois que Mark a effectué une recherche à ce sujet sur Google en 2007, en essayant différentes variations, il n’a trouvé en tout et pour tout qu’une cinquantaine de résultats. Vous vous rendez probablement compte à quel point c’est peu. Si l’on tape une question comme « Qu’est-ce qui rend heureux ? » on obtient environ un million de résultats. Une dizaine d’années plus tard, après avoir partagé cette technique avec plus de 250’000 personnes, le nombre de liens sur Google se compte en milliers. C’est beau, le progrès !

Le pouvoir d’une simple question

Nous allons maintenant vous présenter la question qui vous donnera accès au mot le plus important de votre vie. Pour commencer, faites en sorte d’avoir une feuille de papier et de quoi écrire sous la main (comme un beau stylo Caran d’Ache !) Prenez trente secondes pour bâiller, respirer profondément et détendre les muscles de votre corps : les muscles du visage, de la mâchoire, de votre nuque, de vos épaules, de vos bras, de votre dos et de vos jambes. Secouez vos mains et vos pieds pendant quelques secondes, étirez-vous et bâillez à nouveau à quelques reprises. Prenez encore quelques instants pour sentir attentivement les sensations à travers votre corps.

Fermez ensuite les yeux et demandez-vous : « Quelle est la valeur fondamentale la plus importante pour moi ? » Gardez les yeux fermés pendant au moins une minute et écoutez cette petite voix intérieure qui murmure en permanence à l’arrière-plan de votre conscience. Cherchez un simple mot qui reflète avec acuité cette valeur, une valeur qui donne à votre vie un sentiment de sens et de direction.

Parfois, en vous posant à nouveau la question en soulignant un autre de ses termes, c’est une autre réponse qui se présentera. Demandez-vous donc : « Quelle est la valeur fondamentale la plus importante pour moi ? » Ecrivez tout mot nouveau qui vous viendrait à l’esprit.

Demandez-vous encore une fois : « Quelle est la valeur fondamentale la plus importante pour moi ? » Ecrivez les mots additionnels qui se seront présentés, et contemplez votre liste. Encerclez celui qui vous paraît le plus essentiel en cet instant, fermez à nouveau les yeux et répétez-le à plusieurs reprises, mentalement et à voix haute. Observez comment vous vous sentez en le répétant et comparez ensuite avec l’effet que produisent les autres mots.

Chaque année, depuis 2008, cet exercice est proposé aux managers en formation dans le cadre de l’Executive MBA de l’Université Loyola Marymount à Los Angeles. Ces dirigeants suroccupés sont invités à faire cet exercice pendant dix jours, en y consacrant une ou deux minutes chaque matin. Le résultat ? Nonante pour cent d’entre eux font état d’une réduction significative de leur niveau de stress tout au long de la journée, avec comme conséquence une productivité et un plaisir à travailler accrus.

D’après les chercheurs en neurosciences de l’Université de Californie à Los Angeles, « la contemplation de nos valeurs fondamentales a pour effet de maintenir les réponses psychologiques et neuroendocrine au stress en-dessous du seuil habituel. » En fait, cela ouvre sur une perspective assez saisissante : en identifiant et en contemplant vos propres valeurs fondamentales, vous pouvez améliorer la santé de votre cerveau. D’autres études avaient déjà établi que la répétition de pensées constructives pouvait réduire la propension aux ruminations pessimistes et aider à être moins réactif face à des situations désagréables.

Les recherches en anthropologie de la santé avaient montré de longue date l’efficacité symbolique de la parole -Jean-Dominique y a consacré un chapitre entier de son livre sur les pratiques de soins traditionnelles(2). La nouveauté réside dans la découverte qu’un mot du langage courant, sans connotation mythologique ou religieuse, employé hors de tout cadre rituel, puisse déployer un tel effet !

Une pratique multi-usages

Au cours de deux dernières années, nous avons reçu du feed-back de personnes de toutes sortes de milieux (étudiants, thérapeutes, avocats, médiateurs, enseignants, dirigeants d’entreprise, intervenants sociaux, médecins et soignants), dans le cadre des séminaires, supervisions et formations que nous avons donnés aussi bien que par les réseaux sociaux. Et ces retours sont sacrément encourageants – peut-être parce que cette pratique est aussi simple et efficace. Par exemple, des thérapeutes de couple nous ont dit que lorsque les deux conjoints prennent la peine d’échanger autour de leurs valeurs fondamentales, il devient bien plus aisé de trouver une solution à leurs difficultés. Les médiateurs et les avocats peuvent aboutir à des accords en une vingtaine de minutes là où cela prend habituellement deux heures. Et les équipes surmonter bien plus facilement les accrocs qui peuvent conduire à des tensions.

La recherche montre que lorsque vous adhérez consciemment à vos valeurs, vous serez perçu par vos interlocuteurs comme étant plus empathique. A l’Université du Missouri, les psychologues ont même établi que lorsqu’un exercice de contemplation des valeurs était inclus dans un plan de traitement pour aider les patients à faire face à des douleurs chroniques, leur tolérance à la douleur s’améliorait.

Rosabeth Moss Kanter, professeure de management à la Harvard Business School –considérée comme l’une des femmes les plus influentes au monde-  insiste sur l’importance d’aborder directement la question des valeurs dans les salles de réunion des entreprises. « Dans les organisations que j’appelle les super-entreprises, qui sont particulièrement innovantes, performantes et compétitives, la discussion ouverte autour de l’interprétation et de l’application des valeurs renforce la responsabilité, la coopération et la capacité d’initiative ».

Ses recherches ont montré que lorsque des personnes partagent et discutent leurs valeurs fondamentales, cela renforce la motivation du groupe dans son ensemble. Les valeurs personnelles des collaborateurs s’intègrent dans les processus d’entreprise, ce qui aide à guider les choix éthiques de l’organisation. Parler ouvertement de la question des valeurs réduit le besoin de règles impersonnelles et de contrôle. Les conflits interpersonnels diminuent, la collaboration s’améliore, l’esprit d’équipe se renforce et la productivité augmente en conséquence.

Les conclusions de l’équipe de l’Université de Californie à San Diego (à l’origine de la conceptualisation du « management tribal »(3), rapportée dans plusieurs articles de ce blog) confirment que les entreprises à forte productivité et à bas niveaux de stress ont entre autres particularités celle de prévoir des moments réguliers pour discuter de la question des valeurs. Ce qui apparaît à leurs concurrents moins performants comme une pure perte de temps…

Notre suggestion : posez la question « Quelles sont les valeurs fondamentales les plus importantes pour toi ? » aux membres de votre famille et à vos amis. Et voyez comment ils répondent. Postez la question sur les réseaux sociaux ainsi qu’à votre travail. Les résultats vous étonneront ! Et si vous invitez une personne avec laquelle vous vous préparez à avoir une discussion difficile à partager ses valeurs avec vous, vous ferez l’expérience de moins d’inconfort et de plus de coopération. Voilà le pouvoir que peut avoir un seul mot !

Jean-Dominique Michel et Mark Robert Waldmann

(1) Pour les études mentionnées au long de l’article, cf. Waldman M.R. & Newberg A., La clé de la communication, Editions de l’Homme, 2013

(2) Michel J.-D., Chamans, médiums, guérisseurs, les différentes voies de la guérison, Favre 2011 et Pocket 2015

(3)Logan D., King J. & Fischer-Wright H., Managez votre tribu, Leduc Editions, 2013