Cette question a toutes les apparences d’une injonction paradoxale, comme « il est obligatoire d’être libre », le fameux « sois spontané ! » des systémiciens ou, pour les croyants, la jolie prière de la patience : « Mon Dieu, donne-moi la patience…. tout de suite ! »

Les injonctions paradoxales sont stressantes et même destructrices pour le bien-être et la santé. Pourtant, il existe bel et bien un moyen imparable pour faire baisser le stress en soixante secondes ou moins.

Une centaine d’études scientifiques récentes démontrent, aussi étonnant que cela puisse paraître, que le bâillement est le moyen le plus rapide et efficace pour « dé-stresser » votre cerveau. Essayez : Bâillez une dizaine de fois, même si vous n’en avez pas envie. Faire semblant est généralement suffisant pour amorcer de vrais bâillements, et si vous prononcez la voyelle « aaaaah » en expirant, la recherche indique que vous approfondirez le processus de relaxation.

Observez comment chaque bâillement interrompt le flot de pensées et d’émotions, vous ramenant au moment présent. Si vous vous étirez ensuite très lentement, au super-ralenti, vous allez commencer à vous sentir délicieusement détendu ! Bâillez est étirez-vous pendant encore une dizaine de secondes, et vous vous sentirez plus alerte. Si vous vous remettez au travail, votre productivité et votre créativité auront augmenté.

Le bâillement a longtemps constitué une énigme, les scientifiques ne parvenant pas à comprendre son utilité. Pendant des décennies, on a supposé qu’il servait à détendre le diaphragme, ce muscle en forme de coupole qui sépare le thorax de l’abdomen et dont les mouvements ascendants et descendants provoquent la respiration.

Les neurosciences ont récemment apporté un nouvel éclairage : comme vous venez d’en faire l’expérience si vous avez suivi nos suggestions, bâiller a pour principal effet de mettre au repos les circuits cérébraux impliqués dans la concentration. En fait, l’activité mentale focalisée consomme beaucoup d’énergie… et produit beaucoup de déchets métaboliques. On évalue à une vingtaine de minutes la durée optimale de concentration. Au-delà, votre cerveau se met à fatiguer et cherche à se débrancher en passant à un mode d’attention flottante qui constitue son mode « par défaut ».

C’est à ce moment que nous partons dans la lune ou des associations de pensée apparemment illogiques, sautant du coq à l’âne. Aussi étonnant que cela puisse paraître, l’activité générale augmente à travers le cerveau quand nous nous mettons à rêvasser ! C’est surtout un temps où il refait ses forces, les cellules gliales évacuant les déchets métaboliques et recyclant les neuro-transmetteurs que la concentration a consommés. Cette « oxygénation » ne prend pas plus de deux ou trois dizaines de secondes. La recherche montre que notre cerveau est conçu pour vivre une alternance de plages de concentration de quinze à vingt minutes et de brèves plages de repos.

Si nous passons outre à ce besoin, le stress cérébral s’accumulera, conduisant à une intoxication et un épuisement. Nous pouvons certes nous forcer à rester concentrés pendant plusieurs heures de suite. L’état de fatigue qui s’ensuit est carabiné, et il devient d’autant plus difficile de récupérer. Répétez cela de jour en jour et vous passerez en mode « stress chronique » avec une élévation peu attrayante du risque de toutes sortes de maladies…

Bâiller aide aussi à réguler la température du cerveau. Quand nous pensons activement, nous faisons effectivement chauffer notre matière grise et une régulation thermique devient nécessaire ! Un peu comme ouvrir la fenêtre de son bureau ou de la salle de réunion…

Le bâillement ré-initialise également notre horloge biologique : le temps relatif est plastique, il s’étire quand nous nous ennuyons, se raccourcit quand nous sommes intéressés, et nous pouvons même parfois perdre sa notion (notamment quand nous sommes absorbés dans le monde numérique). Bâiller rétablit la perception normale du temps. Etonnant, non ?

Nous avons tous observé enfin que le bâillement est contagieux. Servant à évacuer le stress (qui est la réaction biologique au danger), il constitue un moyen de coordination mimétique au sein de certaines espèces sociales pour confirmer qu’un danger est passé, et que le groupe peut passer en mode détente. Biologiquement, bâiller revient à se dire à soi-même et à ceux qui nous entourent : « tout va bien, nous sommes maintenant en sécurité ». Dans notre culture de l’urgence qui considère comme vital un ensemble de choses assez secondaires, c’est un bon moyen de remettre neurologiquement les pendules à l’heure, et l’église au milieu du village…

Notre suggestion : effectuez des plages régulières de défocalisation mentale tout au long de votre journée de travail. Bâillez et étirez-vous lentement deux à trois fois par heure quand c’est possible. Ces moments seront du pain béni pour votre cerveau, vous accomplirez plus avec un état d’esprit plus positif, et parviendrez à la fin de votre journée en bien meilleure forme.

Jean-Dominique Michel & Mark Robert Waldman

Tous les mots ne sont pas égaux ! Certains d’entre eux comme les mots « paix » et « amour » peuvent littéralement activer des centaines de gènes réduisant le stress émotionnel et physique, alors que d’autres entraînent la libération immédiate de stresseurs biochimiques dans le cerveau et à travers votre corps (1).

Mais il y a forcément quelques mots, qui vous sont propres, qui ont le pouvoir de vous apporter du sens, de la satisfaction et même un sentiment de plénitude. Si vous les trouvez et passez quelques minutes chaque jour à les contempler, ils peuvent carrément transformer votre manière de travailler et améliorer vos relations.

En fait, personne ne peut vous dire quels sont ces mots. Vous avez à les découvrir par vous-mêmes. Mais ne commencez pas à y réfléchir tout de suite, parce que si vous ne vous trouvez pas au préalable dans un état de détente profonde, vous ne trouverez que des mots qui sont le reflet de vos vieilles pensées. Et ces mots n’auront pas le même pouvoir de générer une expérience éclairante. La pensée rationnelle est inefficace à générer de la nouveauté, à élargir nos perspectives. Ces compétences relèvent en fait d’autres réseaux neuronaux impliqués dans la pensée créative et intuitive.

Dans nos recherches, nous sommes tombés sur une question qui mettra en lumière ce mot si particulier. Nous avons aussi découvert que c’est une question qui est rarement posée. En fait, la première fois que Mark a effectué une recherche à ce sujet sur Google en 2007, en essayant différentes variations, il n’a trouvé en tout et pour tout qu’une cinquantaine de résultats. Vous vous rendez probablement compte à quel point c’est peu. Si l’on tape une question comme « Qu’est-ce qui rend heureux ? » on obtient environ un million de résultats. Une dizaine d’années plus tard, après avoir partagé cette technique avec plus de 250’000 personnes, le nombre de liens sur Google se compte en milliers. C’est beau, le progrès !

Le pouvoir d’une simple question

Nous allons maintenant vous présenter la question qui vous donnera accès au mot le plus important de votre vie. Pour commencer, faites en sorte d’avoir une feuille de papier et de quoi écrire sous la main (comme un beau stylo Caran d’Ache !) Prenez trente secondes pour bâiller, respirer profondément et détendre les muscles de votre corps : les muscles du visage, de la mâchoire, de votre nuque, de vos épaules, de vos bras, de votre dos et de vos jambes. Secouez vos mains et vos pieds pendant quelques secondes, étirez-vous et bâillez à nouveau à quelques reprises. Prenez encore quelques instants pour sentir attentivement les sensations à travers votre corps.

Fermez ensuite les yeux et demandez-vous : « Quelle est la valeur fondamentale la plus importante pour moi ? » Gardez les yeux fermés pendant au moins une minute et écoutez cette petite voix intérieure qui murmure en permanence à l’arrière-plan de votre conscience. Cherchez un simple mot qui reflète avec acuité cette valeur, une valeur qui donne à votre vie un sentiment de sens et de direction.

Parfois, en vous posant à nouveau la question en soulignant un autre de ses termes, c’est une autre réponse qui se présentera. Demandez-vous donc : « Quelle est la valeur fondamentale la plus importante pour moi ? » Ecrivez tout mot nouveau qui vous viendrait à l’esprit.

Demandez-vous encore une fois : « Quelle est la valeur fondamentale la plus importante pour moi ? » Ecrivez les mots additionnels qui se seront présentés, et contemplez votre liste. Encerclez celui qui vous paraît le plus essentiel en cet instant, fermez à nouveau les yeux et répétez-le à plusieurs reprises, mentalement et à voix haute. Observez comment vous vous sentez en le répétant et comparez ensuite avec l’effet que produisent les autres mots.

Chaque année, depuis 2008, cet exercice est proposé aux managers en formation dans le cadre de l’Executive MBA de l’Université Loyola Marymount à Los Angeles. Ces dirigeants suroccupés sont invités à faire cet exercice pendant dix jours, en y consacrant une ou deux minutes chaque matin. Le résultat ? Nonante pour cent d’entre eux font état d’une réduction significative de leur niveau de stress tout au long de la journée, avec comme conséquence une productivité et un plaisir à travailler accrus.

D’après les chercheurs en neurosciences de l’Université de Californie à Los Angeles, « la contemplation de nos valeurs fondamentales a pour effet de maintenir les réponses psychologiques et neuroendocrine au stress en-dessous du seuil habituel. » En fait, cela ouvre sur une perspective assez saisissante : en identifiant et en contemplant vos propres valeurs fondamentales, vous pouvez améliorer la santé de votre cerveau. D’autres études avaient déjà établi que la répétition de pensées constructives pouvait réduire la propension aux ruminations pessimistes et aider à être moins réactif face à des situations désagréables.

Les recherches en anthropologie de la santé avaient montré de longue date l’efficacité symbolique de la parole -Jean-Dominique y a consacré un chapitre entier de son livre sur les pratiques de soins traditionnelles(2). La nouveauté réside dans la découverte qu’un mot du langage courant, sans connotation mythologique ou religieuse, employé hors de tout cadre rituel, puisse déployer un tel effet !

Une pratique multi-usages

Au cours de deux dernières années, nous avons reçu du feed-back de personnes de toutes sortes de milieux (étudiants, thérapeutes, avocats, médiateurs, enseignants, dirigeants d’entreprise, intervenants sociaux, médecins et soignants), dans le cadre des séminaires, supervisions et formations que nous avons donnés aussi bien que par les réseaux sociaux. Et ces retours sont sacrément encourageants – peut-être parce que cette pratique est aussi simple et efficace. Par exemple, des thérapeutes de couple nous ont dit que lorsque les deux conjoints prennent la peine d’échanger autour de leurs valeurs fondamentales, il devient bien plus aisé de trouver une solution à leurs difficultés. Les médiateurs et les avocats peuvent aboutir à des accords en une vingtaine de minutes là où cela prend habituellement deux heures. Et les équipes surmonter bien plus facilement les accrocs qui peuvent conduire à des tensions.

La recherche montre que lorsque vous adhérez consciemment à vos valeurs, vous serez perçu par vos interlocuteurs comme étant plus empathique. A l’Université du Missouri, les psychologues ont même établi que lorsqu’un exercice de contemplation des valeurs était inclus dans un plan de traitement pour aider les patients à faire face à des douleurs chroniques, leur tolérance à la douleur s’améliorait.

Rosabeth Moss Kanter, professeure de management à la Harvard Business School –considérée comme l’une des femmes les plus influentes au monde-  insiste sur l’importance d’aborder directement la question des valeurs dans les salles de réunion des entreprises. « Dans les organisations que j’appelle les super-entreprises, qui sont particulièrement innovantes, performantes et compétitives, la discussion ouverte autour de l’interprétation et de l’application des valeurs renforce la responsabilité, la coopération et la capacité d’initiative ».

Ses recherches ont montré que lorsque des personnes partagent et discutent leurs valeurs fondamentales, cela renforce la motivation du groupe dans son ensemble. Les valeurs personnelles des collaborateurs s’intègrent dans les processus d’entreprise, ce qui aide à guider les choix éthiques de l’organisation. Parler ouvertement de la question des valeurs réduit le besoin de règles impersonnelles et de contrôle. Les conflits interpersonnels diminuent, la collaboration s’améliore, l’esprit d’équipe se renforce et la productivité augmente en conséquence.

Les conclusions de l’équipe de l’Université de Californie à San Diego (à l’origine de la conceptualisation du « management tribal »(3), rapportée dans plusieurs articles de ce blog) confirment que les entreprises à forte productivité et à bas niveaux de stress ont entre autres particularités celle de prévoir des moments réguliers pour discuter de la question des valeurs. Ce qui apparaît à leurs concurrents moins performants comme une pure perte de temps…

Notre suggestion : posez la question « Quelles sont les valeurs fondamentales les plus importantes pour toi ? » aux membres de votre famille et à vos amis. Et voyez comment ils répondent. Postez la question sur les réseaux sociaux ainsi qu’à votre travail. Les résultats vous étonneront ! Et si vous invitez une personne avec laquelle vous vous préparez à avoir une discussion difficile à partager ses valeurs avec vous, vous ferez l’expérience de moins d’inconfort et de plus de coopération. Voilà le pouvoir que peut avoir un seul mot !

Jean-Dominique Michel et Mark Robert Waldmann

(1) Pour les études mentionnées au long de l’article, cf. Waldman M.R. & Newberg A., La clé de la communication, Editions de l’Homme, 2013

(2) Michel J.-D., Chamans, médiums, guérisseurs, les différentes voies de la guérison, Favre 2011 et Pocket 2015

(3)Logan D., King J. & Fischer-Wright H., Managez votre tribu, Leduc Editions, 2013

Si nous vous faisons passer une IRM fonctionnelle –un gros aimant en forme de donut qui peut prendre une vidéo des modifications neurales qui se produisent dans votre cerveau- et faisons apparaître devant vos yeux une image du mot « NON » pendant moins d’une seconde, vous pourrez constater la brusque production de plusieurs douzaines d’hormones et de neurotransmetteurs de stress. Ces substances biochimiques ont pour effet d’interrompre le fonctionnement normal du cerveau en perturbant la logique et la raison ainsi que les processus de langage et de communication.

En fait, voir simplement une liste de mots négatifs pour quelques secondes conduira une personne déprimée ou anxieuse à se sentir encore plus mal. Ruminer longuement ce type de pensées  endommagera les structures de notre cerveau qui régulent notre mémoire, nos sentiments et nos émotions.

Si en plus vous verbalisez votre négativité ou l’exprimez par les expressions de votre visage (froncement de sourcils, rictus des lèvres), un cocktail de biomarqueurs de stress supplémentaire se libérera non seulement dans votre cerveau, mais encore dans celui de votre interlocuteur. Celui-ci ressentira à son tour de l’anxiété et de le l’irritabilité, avec un effet négatif sur la coopération et la confiance relationnelle. Partager un même espace avec des personnes négatives vous rendra même plus critique envers les autres !

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